Le chiffre vient de l’Institut Montaigne, pas d’un organisme algérien : quelque 600 entreprises françaises exportatrices vers l’Algérie ont fait faillite pendant la crise de 2025. Sur environ 5 000 entreprises françaises qui exportent vers l’Algérie, un tiers réalisent plus du quart de leur chiffre d’affaires sur ce marché.
Et ce n’est pas le seul chiffre qui fait mal. Le commerce franco-algérien est passé de 11,2 milliards d’euros en 2024 à 9,3 milliards en 2025. Près de 2 milliards d’euros d’échanges envolés en un an, tandis que la Chine, la Turquie et l’Italie continuaient de gagner du terrain.
Voilà donc l’addition de cette formidable séquence d’Algérie-bashing : des responsables politiques français ont transformé l’Algérie en punching-ball électoral, une partie des médias a entretenu la surenchère, et ce sont finalement des entreprises françaises qui ont payé.
Le prétexte favori fut pourtant fragile dès le départ : « l’Algérie refuse de reprendre ses ressortissants ». Les propres chiffres français racontaient autre chose. En 2023, le taux de délivrance dans les délais des laissez-passer consulaires était de 34,9 % pour l’Algérie, 37,1 % pour le Maroc et 33,9 % pour la Tunisie. Rien ne prouvait d’ailleurs que tous les individus présentés à l’Algérie étaient réellement algériens : en 2023, le taux de reconnaissance de nationalité n’était que de 47,1 %.
Mais expliquer qu’un État vérifie l’identité de celui qu’on lui demande de reprendre aurait gâché le spectacle. Il était tellement plus efficace de répéter que « l’Algérie humilie la France ».
Bruno Retailleau en fit un marqueur politique au moment même où il briguait la présidence des Républicains. Emmanuel Macron finit lui-même par mettre en garde contre les « jeux politiques » autour de la relation franco-algérienne. Quelques semaines plus tard, Retailleau remportait la présidence de LR avec 74,31 % des voix.
À Alger, la manœuvre avait été comprise depuis longtemps. En mars 2025, Abdelmadjid Tebboune refusait de se laisser entraîner dans le « brouhaha » et le « capharnaüm politique » français et expliquait que son « unique point de repère » restait Emmanuel Macron.
Cela n’a pas empêché l’Algérie-bashing de continuer. Retailleau n’était pas seul : une partie de la droite, de l’extrême droite et de la sphère médiatique Bolloré avait compris tout le bénéfice politique que l’on pouvait tirer de l’affaire. Avec Alger, chaque désaccord devenait une humiliation nationale et chaque réaction algérienne justifiait une nouvelle surenchère.
Dans cette séquence algérienne, certains responsables français auront surtout défendu les leurs. Retailleau a gagné son parti. Les chaînes d’information ont gagné de l’audience. Les polémistes ont gagné des invitations. La Chine, l’Italie et la Turquie ont gagné du terrain.
Toute une classe médiatico-politique incarnée par Retailleau et Bolloré s’est bien payé la tête des Français. Mais l’addition est salée.


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